29.04.2006

Les « bons » immigrés et les « mauvais » !

medium_tract_national_400.gif"Nous aimons la France autant que les autres, mais la France généreuse, universelle, pas celle qui privilégie telle ou telle catégorie." François Hollande le 22 avril 2006

 

J'ai lu en début de semaine une information où Catherine Vautrin, ministre déléguée à la Cohésion sociale et à la Parité, annonçait que la signature du contrat d’accueil et d’intégration ainsi que l’assiduité à des cours de français « conditionneraient » l’obtention de la carte de résident. Les étrangers qui voudront obtenir un titre de séjour, a-t-elle expliqué, devront « avoir une connaissance de la langue française de niveau DILF (diplôme initial de langue française) », et ceci dès la fin 2006. Ce genre de mesure est d'ailleurs déjà en vigueur dans d'autres pays européens comme les Pays Bas avec sa très droitière ministre de l'intégration Rita Verdonk.

"Quand on fait le choix de venir vivre dans un pays, on fait le choix d'en connaître la langue, les règles et de les respecter" dit encore Catherine Vautrin. Considérées comme un "complément du projet de loi sur l'immigration" de Sarkozy, ces dispositions recoupent, selon la ministre, deux objectifs : "lancer le processus d'intégration le plus en amont possible et renforcer les droits et devoirs des nouveaux arrivants". Mais elles relèvent plus des devoirs que des droits !!!

Avoir une bonne connaissance de la langue française lorsqu'on décide de rester définitivement en France, d'y obtenir la nationalité française, oui bien sûr! Et cela n'est certainement pas suffisant, la connaissance des lois, des institutions, bref une culture citoyenne et républicaine est indispensable … Mais pour venir travailler provisoirement, où est la nécessité de parler couramment la langue ?

En 1998, je suis partie travailler en Italie. J'ai donc dû demander une carte de séjour (ça existait encore), je l'ai obtenue pour 5 ans en une heure à peine, et pourtant je ne parlais pourtant pas un mot d'italien ! L'Europe me direz vous ! certes, mais cela gomme-t-il les problèmes d'intégration ? Pour l'Européen, la langue, sûrement là aussi un facteur important d'intégration, n'est donc pas un frein ! Mes autres collègues français étaient dans la même situation, nous avons scolarisé nos enfants, certains dans des écoles françaises ou internationales pour les plus grands, mais aussi dans les écoles italiennes pour les plus jeunes, ce qui fait que nos "têtes blondes" sont devenues généralement au moins bilingues et parfois trilingues. Je me souviens d'ailleurs de la fête de fin d'année où nos petits français faisaient un sketch en italien puis chantaient en anglais, avec, parait-il, un accent parfait! Mais nous ne nous sommes pas "intégrés", ce n'était pas notre but puisque nous ne venions que provisoirement ! Nous nous sommes certes fait quelques amis, nous avons découvert une autre culture, nos enfants étaient reçus par leurs petits copains, nous rencontrions leurs parents à la sortie de l'école, mais je ne parle toujours pas italien, et … cela ne posait pas de problème car … nous étions des ingénieurs de haut niveau, nous avions des hauts revenus, de belles villas, des voitures puissantes, des employés de maison !

Et c'est là que le bât blesse : des uns, parce qu'ils sont "riches et bien portants", nous n'exigeons rien, aux autres nous imposons des "devoirs", sans pour autant leur donner en retour un droit à la sécurité et à une vie digne. Quand pour faire une demande de regroupement familial, il faudra prouver de bonnes ressources financières, sans prise en compte des allocations familiales et des diverses prestations sociales, et une bonne surface de logement, c'est clair : seuls les étrangers nantis pourront être rejoints par leur famille en France. Les ouvriers ne pourront plus! Quand la durée de la nouvelle carte de séjour portant la mention "travailleur temporaire" sera celle du CDD ou du CNE ou quand elle pourra être retirée immédiatement en cas de rupture du contrat de travail, c'est bien une immigration jetable que l'on aura mise en place.

Mais ce n’est pas tout ! Dans un secteur qui peine à recruter (au hasard : le bâtiment, la santé ou l’hôtellerie-restauration), le patronat, plutôt que d’améliorer les conditions sociales et salariales, pourra facilement faire appel à cette main d’œuvre "choisie" mais jetable. La France favorisera le "pillage des cerveaux" dans les pays du Sud, avec la création d’une carte de séjour "compétences et talents" valable trois ans pour les étrangers hautement qualifiés qui, selon le projet, participeront au "développement et au rayonnement de la France dans le monde". Et bien sûr les étudiants étrangers hautement diplômés, représentant généralement une clientèle fortunée pour les grandes écoles privées, seront également favorisés. Et quand on met en place un véritable parcours du combattant pour les Français qui veulent épouser un étranger, on peut penser que le communautarisme n'est pas uniquement là où on a l'habitude de le dénoncer !

 

Pourtant il y a déjà vingt-cinq ans que la France n’est plus un pays d’immigration massive, comme la droite voudrait nous le faire croire. Elle est devenue au contraire le pays d’Europe où la croissance démographique dépend le moins de l’immigration : pour un quart à un cinquième seulement. La France a bel et bien été un pays de forte immigration après la Première Guerre mondiale (le solde migratoire représentait alors les deux tiers de la croissance démographique) ainsi que des années soixante au milieu des années soixante-dix (où sa contribution atteignait encore 40 %, alors que le baby-boom n'était pas achevé), mais aujourd'hui, l'INED montre dans un article "cinq idées reçues sur l'immigration" de sa revue " Population et Sociétés" de janvier 2004 que même en doublant notre solde migratoire et en laissant inchangés ceux des pays voisins, l’apport migratoire ne représenterait encore que 40 % de notre croissance, ce qui laisserait la France dans les derniers pays d’Europe par l’importance de l’immigration. Ainsi si l'on compare la France et le Royaume Uni, seuls anciens grands empires coloniaux, constituant par là une aire d'influence susceptible d'attirer leurs anciens ressortissants, on constate que l’immigration a été deux fois plus importante au Royaume-Uni qu’en France (respectivement 300 000 et 120 000 personnes par an sur les 10 dernières années). La part des ressortissants des anciennes colonies y est d’environ 50 % dans les deux cas, toutefois, la société britannique fait face à une immigration de plus en plus tournée en dehors de son ancien empire, alors que la société française voit se renforcer le poids de l’aire d’influence francophone.

Il est donc intéressant de regarder les chiffres : En 2004, dernières statistiques connues, un peu moins de 170 000 titres de séjour ont été délivrés à des étrangers, dont plus de la moitié pour des motifs familiaux, contre 7 % à peine pour des raisons professionnelles, le reste étant attribué pour l’essentiel à des étudiants (25 %) et à des réfugiés (7 %). En 2002, toujours selon une étude de l'INED, les huit principaux pays d’origine des étrangers admis au séjour sont l’Algérie (28 000), le Maroc (26 000), le Royaume-Uni, la Tunisie et la Chine (9 000), la Turquie (8 000), l’Allemagne et le Portugal (7 000). Au total, la population active étrangère en 2004 est de 1,5 million de personnes, soit 5,5 % de la population active totale, et parmi eux, 22,8 % sont Portugais, 12,6 % Algériens et 12,5 % Marocains.

Ce constat a beau figurer chaque année au bilan démographique de l'Insee, à celui d'Eurostat, et "Population & sociétés" en faire état systématiquement dans son numéro de mars, il reste largement méconnu. C'est l'image contraire qui prévaut : celle d'une France en déclin démographique, prise d'assaut par une vague montante d'immigration.

Autre idée reçue : indénombrable, l'immigration irrégulière serait "innombrable". Pourtant les opérations de régularisation effectuées périodiquement dans les pays européens donnent en fait une idée de leur ordre de grandeur car le simple bruit d'une régularisation mobilise rapidement les intéressés. Nicolas Sarkozy lui même considère qu’entre 200 000 et 400 000 clandestins seraient présents sur le territoire et entre 80 000 et 100 000 supplémentaires y entreraient chaque année, mais il faut se garder d'additionner les données de "stock" et les données de flux, une grande proportion de ce flux étant résorbé l'année suivante par des régularisations. Et en France, on est loin des opérations de régularisation de très grande envergure qu'ont dû mener l'Espagne, l'Italie et la Grèce ces dernières années, avec des effectifs de demandeurs qui ont parfois excédé le demi-million.

 

Si la France a un sérieux problème d'intégration à résoudre, que ce soit dans le système éducatif ou le marché du travail, cela concerne donc d'abord les enfants issus des grandes vagues migratoires ouvrières des années 1950-1974, parvenus à l'âge actif en temps de crise économique. Cette question majeure nourrit aujourd'hui le débat public. Il ne faut pas la confondre avec celle du flux actuel des immigrants, qui reste, malgré toutes les majorations qu'on voudra, très en deçà des niveaux atteints il y a trente ans et sans commune mesure avec les niveaux atteints aujourd'hui en Allemagne et en Europe du Sud : la maîtrise des flux par les autorités françaises est plus efficace qu'on ne le dit, ce qui se combine avec le fait que notre faible taux de croissance rend le pays moins attractif.

 

 

A un an de l’échéance présidentielle, les motivations du ministre de l’Intérieur sont donc avant tout électoralistes. Après la défaite du CPE, le gouvernement tente aujourd'hui de masquer la question sociale en lançant un débat sur l'immigration et l'insécurité. Par des discours racistes et xénophobes, il tente, à un an des présidentielles, de chasser sur les terres de l'extrême droite et de faire oublier l'entreprise de démolition sociale engagée depuis plusieurs années. Son discours peut séduire une partie de l’opinion, mais au lieu de favoriser l'intégration dans la société française il stigmatise une fois de plus une frange de la population, étrangère ou française, qui vit souvent dans des conditions difficiles et est déjà victime de discriminations sur le marché du travail.

 

Dans les faits les dispositifs du projet de loi sur (contre) l'immigration, qui va être discuté à partir du 2 mai, vont encore augmenter la précarité des plus faibles, créer des sans-papiers et jeter de façon certaine quelques milliers de demandeurs vers la clandestinité. Car pouvons nous vraiment croire qu'une personne qui quitte son pays, sa famille parce qu'elle ne peut plus rester dans son pays sous peine d'y crever de faim, ou qui est aujourd'hui victime des tensions ethniques et des incidents qui se multipliaient, ne va pas tout faire pour venir chez nous?

Et il ne sert a rien de faire les trois petits singes : ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire, une solution peu honorable, mais tellement fréquente ! Manifestons notre opposition à cette loi!


Dominique DARIO

 

lire aussi l'article de Martine Aubry et Adeline HAZAN dans Libération le 27 avril et l'article d'"Alternative économique" paru dans le nouveau numéro de mai 2006

 

 

 

Samedi 29 avril,

journée nationale d'action contre l'immigration jetable

A PARIS, MANIFESTATION A 14 HEURES PLACE DE LA REPUBLIQUE

 

 

 

13.03.2006

Le 15 mars, fin de la trêve hivernale

Dans les yvelines :

Ø 23 000 demandeurs de logements sociaux

Ø 2250 demandes d'hébergements d'urgence (dont 30% sans solution)

Ø Environ 500 expulsions / an (pour 2500 assignations et 1500 commandements à quitter les lieux)

 

En 2006, on doit pouvoir loger tout le monde en France, encore faut-il le vouloir !

03.01.2006

La chasse aux chômeurs est ouverte

Alors que le gouvernement annonce sur tous les tons une décrue du chômage, sans jamais parler de l'explosion des radiations de l'ANPE, la nouvelle Convention Unedic signée le 22 décembre réduit encore les droits à l’indemnisation des chômeurs, avec plus de 100 000 chômeurs passant d’une durée d’indemnisation de 23 à 12 mois. De quoi faire exploser les fins de droits début 2007, de même que les entrées au RMI. Un décret pris en plein mois d’août dernier a déjà préparé cette véritable chasse aux "mauvais chômeurs". Cette machine à radier les demandeurs d’emplois des registres est combinée avec la précarisation extrême des contrats de travail issue des ordonnances Villepin sur l’emploi. En autorisant les entreprises d’intérim à s’occuper du placement des chômeurs à la place de l’ANPE, la loi Borloo avait déjà engagé depuis un an la normalisation libérale du marché du travail. Là où la notion même de « droit du travail » impliquait en France que le travail ne soit pas considéré comme une simple marchandise.

 

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10.12.2005

Lancement de la XXIe campagne des restos du coeur

La XXIe campagne des Restos du Cœur a été lancée officiellement lundi 5 décembre, en présence de personnalités politiques, de droite comme de gauche, et d’artistes : Liane Foly, Marc Lavoine, Mimie Mathy, Maxime Le Forestier, Muriel Robin.

 

 

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