22.09.2008
"Camarades, encore un effort pour être socialistes !"
Point de vue paru dans Le Monde le 10 septembre 2008
Comme ministre de Lionel Jospin ou comme rapporteur général, nous n'oublions pas que nous avons travaillé ensemble, pour l'intérêt général, entre 1997 et 2002. Nous souhaitons, avec d'autres, reproduire cette expérience au sein même du Parti socialiste, comme nous n'avons jamais cessé de le faire à l'Assemblée nationale.
Nous avons, c'est notamment ce qui nous différencie d'autres militants socialistes, la conviction qu'il faut éviter la présidentialisation du PS et ne pas changer sa nature et son rôle irremplaçable pour l'action collective. Nous avons en revanche la certitude que c'est en travaillant sur le fond que le PS redeviendra la première force politique de France.
Nous avons également la conviction qu'il faut sortir des alliances ou des "haines" du passé, ne pas refaire éternellement les anciens congrès alors que depuis vingt ans bien d'autres militants nous ont rejoints et refusent de vivre en regardant le passé.
Il faut trouver une majorité. Elle sera de toute façon nouvelle puisque les uns et les autres semblent déterminés à créer des regroupements d'idées entre les différentes contributions, afin de bâtir des motions fortes qui structureront le débat du congrès. Cette nouvelle majorité, quelle qu'elle soit, aura l'obligation de rassembler le Parti socialiste, car nous gagnerons ou nous perdrons les élections ensemble !
Aujourd'hui, alors que notre démarche de faire table rase interroge, intéresse et rassemble de plus en plus de militants, nous ne comprenons pas le procès en sorcellerie que certains voudraient instruire contre elle, ou contre certains militants socialistes. Il n'y a pas au PS ceux qui ont raison de passer des alliances pour faire taire les conflits passés et ceux qui n'en auraient pas le droit.
Nous avons tous eu des divergences d'appréciation par le passé, sur la politique fiscale, l'approche néo- libérale des partis sociaux-démocrates ou l'attitude à avoir face aux institutions européennes. Mais ce qui nous rassemble n'est-il pas plus important que ce qui nous divise ? Ne sommes-nous pas tous socialistes ? Pourquoi s'offusquer que l'on souhaite réfléchir et travailler ensemble ? Nous le faisons tous les jours quand il faut batailler à l'Assemblée contre les projets du gouvernement !
Nous pensons que le rassemblement des socialistes est un préalable au rassemblement de la gauche, indispensable pour gagner les élections nationales. N'est-ce pas incohérent et dangereux de prétendre retrouver la confiance du peuple de gauche et de commencer par ostraciser une partie conséquente des militants du PS ?
Beaucoup d'entre nous ont travaillé dans la transparence, au vu et au su de tout le monde depuis de nombreux mois, plusieurs réunions publiques et tribunes libres ayant permis à chacun de prendre conscience de la fertilité de nos échanges. Pourquoi dès lors brandir le spectre d'obscures tractations ?
SE CONCENTRER SUR LE TRAVAIL DE FOND
Si l'un et l'autre n'avons pas signé la même contribution, il nous a semblé, au mois de juillet, que nous avions souvent partagé les mêmes analyses au cours des débats parlementaires, que ce soit sur la politique fiscale, la réforme de l'Etat ou le scandale de la révision du droit du travail, en passant par la critique de la politique étrangère et de défense du président de la République.
Nous avons confronté nos différences et surmonté nos divergences, qui avaient porté essentiellement sur l'appréciation que nous faisions des possibilités de refuser le projet de Constitution européenne. Pourquoi vouloir artificiellement faire perdurer un débat qui a été tranché ? Pourquoi d'ailleurs revenir sur un clivage que le congrès du Mans en 2006 a permis de dépasser ? Faudrait-il condamner pour cela définitivement notre premier secrétaire sortant ? Faudrait-il nous condamner à rendre inéluctable une scission entre les tenants du oui et ceux du non ?
Personne ne le veut au PS, alors stop ! Nous avons la conviction que le Parti socialiste ne pourra jamais retrouver la confiance du peuple s'il n'est pas capable de dépasser ses clivages.
Nous avons enrichi notre réflexion et nos propositions grâce à nos échanges constructifs. Pourquoi dès lors disqualifier notre rassemblement en le qualifiant d'attelage brinquebalant ? Ne croit-on plus aux vertus de la délibération collective au sein du Parti socialiste ? N'est-ce pas paradoxal après avoir, par exemple, fait sien le projet fiscal que Dominique Strauss-Kahn, Didier Migaud et François Marc ont élaboré et proposé à Ségolène Royal pour lui permettre de se forger une doctrine en la matière ?
En ce qui nous concerne, nous considérons qu'il est essentiel que le Parti socialiste et ses responsables se concentrent sur le travail de fond et s'abstiennent de s'exprimer publiquement autrement que pour faire leur travail d'opposition et de proposition. L'heure est grave, le Parti socialiste et ses militants doivent en prendre la mesure.
Au terme de onze années, notre parti change de cycle, de période, mais ne doit pas changer de nature. Au contraire, chacun doit se ressaisir. Sinon pour rejoindre notre démarche, du moins pour s'abstenir de la disqualifier par sectarisme, mauvaise foi ou peur de perdre la direction.
Ce qu'attendent de nous les Français, c'est un débat de fond sur la vision de la société que nous voulons pour la France et pour l'Europe, pas une reconstitution de "clans".
Nous voulons travailler ensemble, et que ce congrès ait de la tenue, que les Français entendent des propositions, comprennent notre souci du débat politique et nous rejoignent ensuite. Ce que nous voulons, c'est que chaque militant soit fier d'appartenir à un grand parti démocratique qui sait confronter ses divergences pour enrichir sa vision du monde. Ce que nous voulons, comme des milliers de militants de toute la gauche, c'est gagner en 2012 !
Marylise Lebranchu, députée du Finistère, ancienne ministre; Didier Migaud, député de l'Isère, président de la commission des finances de l'Assemblée
10:03 Publié dans congrès de Reims, mobilisation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note





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