10.09.2006
Des partisans d'Arnaud Montebourg appelent à soutenir Laurent Fabius
Trait d'union a interviewé Nathanaël UHL, un des animateurs de Rénover dans la fidélité, qui regroupe des partisans d'Arnaud Montebourg qui refusent son ralliement à Ségolène Royal et se prononcent pour la candidature de Laurent Fabius à la présidentielle.
Trait d'union : 1°) Quelle est la raison qui a poussé des responsables et militants du courant Rénover Maintenant fondé par Arnaud Montebourg à se regrouper dans « Rénover dans la fidélité » ?
La première raison tient à la manière dont Arnaud Montebourg a annoncé, de manière unilatérale, son ralliement à Ségolène Royal. En plein mois de juillet, sans consulter qui que ce soit. La démocratie est quelque chose d'essentiel dans ce jeune courant du Parti socialiste qu'est « Rénover Maintenant ». Nous l'avons d'ailleurs créé en réaction à la manière dont, sans aucun débat ni consultation, Vincent Peillon et Benoît Hamon ont négocié la synthèse au congrès du Mans. Donc, être mis ainsi devant le fait accompli, c'était choquant. Comme est blessant aujourd'hui le fait qu'Arnaud accepte d'être porte-parole de la présidente de la Région Poitou-Charentes. Ce, alors que notre assemblée générale de Fouras a décidé que les militants de « Rénover Maintenant » se prononceront sur notre orientation après le dépôt des candidatures.
Ensuite, il y a une question de fond politique. Je me permets de citer Arnaud répondant à Libération le 19 avril : « Les déclarations élogieuses (de Ségolène Royal) à l'égard du blairisme nous inquiètent. Car cette doctrine qui prétend réconcilier socialisme et libéralisme a fait exploser les inégalités, s'est appuyée sur le refus de l'Europe et de l'euro. En 2007, la gauche devra vraiment être de gauche et novatrice. Prendre le risque de ressembler à la droite serait la même erreur qu'en 2002 ». Le discours de Frangy ne nous donne aucune garantie, aucune assurance. Sur l'Europe, sur les nouvelles sécurités économiques et sociales, elle ne propose rien. Quant à la rénovation des institutions, pierre angulaire du programme de « Rénover Maintenant », elle remercie Arnaud de ne pas avoir prononcé le terme. Quelle humiliation ! De fait, ce discours, qui devait, selon Thierry Mandon, « transformer les attentes en confiance », confirme une chose : Arnaud a signé un chèque en blanc. C'est son premier faux pas dans un parcours quasi sans faute.
Enfin, nous ne trouvons pas crédible le visage « rénovateur » de l'ancienne collaboratrice d'Attali à l'Elysée que l'on veut nous vendre. Au delà d'un parcours personnel, très « vieux parti socialiste », les personnes qui l'entourent font partie de ces verrous qui bloquent la rénovation du Parti socialiste depuis près de 20 ans.
2°) Vous avez choisi de soutenir Laurent Fabius dans le cadre de la désignation interne au Parti socialiste. Pourquoi cette décision ?
Nous avons procédé à une analyse politique de la situation et des attentes de nos concitoyens. La crise politique et morale que traverse la France depuis plus de 10 ans -crise marquée par le 21 avril 2002, le 29 mai 2005 et l'explosion des banlieues- exige du Parti socialiste qu'il crée les conditions de l'alternative politique. Parier sur l'alternance c'est l'assurance de la défaite. Le chantage « Sarkozy ou nous » ne convainc plus. Aujourd'hui, les Françaises et les Français attendent de la gauche qu'elle s'assume en tant que telle. Faute de quoi, ils voteront comme en 2002.
Laurent Fabius a mesuré la profondeur du divorce entre le Parti socialiste et les classes populaires, divorce qui nous empêche de rester durablement en situation de changer les choses et améliorer la vie de millions de nos concitoyens. Nous pensons qu'il a tiré de cette analyse des conclusions personnelles autant que politiques. Ses sept engagements en portent la marque assurément.
Le programme développé par Laurent Fabius marque, par ailleurs, des convergences sérieuses avec les exigences premières de « Rénover Maintenant ». Il s'engage dans la rénovation des institutions de manière forte, en prônant une république parlementaire; l'abandon du 49-3; la responsabilité pénale du chef de l'Etat... Il prend date en faveur de la construction d'une Europe politique, en prenant le parti de négocier une nouvelle constitution pour l'Union. Il est clair en ce qui concerne la construction d'un nouveau pacte social rééquilibrant les rapports entre capital et travail; il est clair sur la lutte contre les inégalités sociales, ce qui est une condition sine qua non d'une république nouvelle.
Pour autant, nous ne signons pas de chèque en blanc. La construction d'une alliance exige des bases politiques claires et un rapport d'union combattive pour se donner les moyens que les engagements pris seront tenus. C'est, en quelque sorte, ce que font la sensibilité « Trait d'union », les amis d'Alain Vidalies et ceux de Marie-Noëlle Liennemann au sein de « Rassembler à gauche ».
3°) Qu'attendez-vous du prochain candidat socialiste à l'élection présidentielle ?
Ce qui empêche le Parti socialiste de se maintenir au pouvoir plus d'une législature, c'est qu'il ne s'est toujours pas donné les moyens programmatiques de créer l'adhésion autour de son projet. Il y a un manque de volonté politique évident. Alors que l'histoire politique nous montre que les candidats des médias et des sondeurs ont toujours été laminés : de Michel Rocard en 1980 au « Oui » au Traité constitutionnel européen en 2005, en passant par Balladur et Jospin, le PS continue à naviguer à vue de sondages.
Nous pensons que le candidat du Parti socialiste suscitera l'adhésion autour de son projet si et seulement si il est capable de fixer un cap politique clair: la tête dans les étoiles de l'utopie, les pieds dans le concret du quotidien, qu'il parte enfin du réel pour aller à l'idéal, Cela demande de la conviction, de l'énergie et de la constance. Du courage. C'est cela qui fait l'étoffe d'un chef d'Etat.
Les citoyens sont en attente de cet élan, que Mitterrand a su créer en son temps, quand des âmes bien nées d'alors le considéraient comme le représentant d'une période révolue, dont il aurait fallu tourner la page...
19:05 Publié dans Jean-Luc Mélenchon, mobilisation | Lien permanent | Envoyer cette note




