24.05.2006
Diversion "sociale"
- Mais alors pourquoi Dominique de Villepin n'a-t-il pas exigé de sa ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie que la maintenance des avions militaires C130 se fasse en France et non au Portugal?
- Pourquoi, alors que l'Etat est actionnaire du groupe européen EADS à hauteur de 15%, et que le groupe Lagardère n'en détient que 7,5%, a-t-il autorisé l'installation de filiales pour la maintenance en Tunisie et au Maroc et demain en Inde?
- Pourquoi laisse-t-il la conversion des avions commerciaux en avions cargos à Dresde, dans la filiale EADS EFW déjà en surcharge, et pourquoi ne demande-t-il pas que la maintenance des futurs A400 M se fasse à Mérignac?
- Pourquoi enfin avoir engagé des fonds publics pour construire un hangar d’accueil de pièces de l’A380, d’un coût de dix-huit millions d’euros, pour fermer le site quelques mois plus tard?
Cessons de verser des larmes de crocodile et d'accuser la « mondialisation » ? la réalité est tout autre : le 8 mars dernier, Noël Forgeard, PDG du groupe, annonçait les résultats 2005, "les meilleurs de son histoire" ! presque 3 milliards d’euros de profits (en hausse de 17%) auxquels s’ajoute un "trésor de guerre", une trésorerie (+39 %) d’environ 5,5 milliards d’euros. Et ces résultats sont encore en hausse en 2006 puisque de janvier à mars, le Groupe a enregistré une hausse de 30% de son chiffre d'affaires et que son "EBIT" (résultat opérationnel avant amortissement de la survaleur et exceptionnels) a progressé de 19%. Les actionnaires sont les bénéficiaires directs de l’opération : leur rente augmentera d’environ 30 %. "EADS a réalisé un exercice fiscal sans précédent et nos actionnaires doivent en récolter les fruits. Les performances exceptionnelles de 2005 nous permettent de revoir à la hausse le dividende versé. Pour les années à venir, nous espérons maintenir un versement de dividende s'inscrivant dans la politique de développement à long terme du Groupe", a déclaré Hans Peter Ring, Directeur Général Délégué aux Finances d'EADS. Pour le reste, le groupe envisage de coûteuses acquisitions, en particulier dans le domaine militaire, et taille dans ce qui rapporte moins de 10 % de profits annuels supplémentaires …
L’appétit sans fin des actionnaires ne peut continuer de faire loi, et dans cette affaire, le gouvernement doit être mis en face de ses responsabilités.
Le conseil municipal de MERIGNAC, réuni le samedi 13 mai en séance extraordinaire par le député-maire Michel Sainte Marie, a voté à l’unanimité -tous groupes politiques confondus - la motion de soutien suivante aux salariés de la SOGERMA.
APPORTEZ LEUR VOTRE SOUTIEN
SIGNEZ LA PETITION
http://www.psmerignac.com/wiki/tiki-index.php?page=petition_sogerma
16:54 Lien permanent | Envoyer cette note
Laurent Fabius présente ses propositions pour relancer l'Union européenne
Relancer l'Union européenne : Laurent Fabius présente ses propositions, avec pour objectif une "Europe qui progresse et qui protège".
Cliquez ici pour lire le texte de la tribune publiée par le journal Le Monde <http://www.laurent-fabius.net/article525.html> .
Les points clés de la tribune :
15:15 Publié dans Laurent Fabius | Lien permanent | Envoyer cette note
22.05.2006
Saint-Arnoult-en Yvelines : qui l’eût cru ?
22 voix ! Une affaire de chiffres ? Non ! Un constat politique.
Le bilan du deuxième tour de la municipale partielle est tuant. C’est le seul mot qui convient, après avoir envisagé inespéré, improbable ou inattendu car malgré tout on a perdu cette élection. Mais 49,5% à Saint-Arnoult, c’est du jamais vu, malgré les pronostics des détracteurs du concept de l’union.
La gauche, donnée archi-battue avec 35,7% au premier tour, remonte de 314 voix dans la semaine (+38,8%). Dans le même temps (forcément), la droite perd exactement 314 voix (-21,5%). De mémoire de citoyen assidu aux urnes, je ne me rappelle pas d’une chute aussi spectaculaire en si peu de temps. Mais ces 314 voix qu’on retrouve parfaitement sur les 2 listes en sens opposé ne sont pas un simple transfert quand on consulte les listes d’émargement. Outre ce mouvement, une bonne centaine est restée au chaud. Et si on connaît un échantillon des électeurs concernés, on peut affirmer qu’une partie de la droite honnie des Français, celle qui est en extase devant nos gouvernants (numéro 1, numéro 2 etc, bref l’UMP du tandem Villepin-Sarkozy), a préféré rester à l’abri en cette journée à la météo tourmentée, tandis que les électeurs de gauche se sont enfin mobilisés pour en finir avec la gestion lamentable de cette commune. Ils se sont mobilisés grâce au travail exemplaire de tous les partenaires de la liste (voir article précédent) et plus particulièrement de l’engagement total des Socialistes qui ont exigé des méthodes plus convaincantes : tracts couleur, tractage tous les jours, porte‑à‑porte, affiche couleur, et consacré sans compter les heures nécessaires à un travail à l’arraché afin de contrer la campagne perfide et haineuse de leurs adversaires politiques.
Il n’en reste pas moins qu’au final il manque 22 voix pour obtenir les fameux 22 conseillers municipaux de la liste majoritaire, mais le plein est fait au conseil municipal pour cette liste qui se trouve être de fait minoritaire (il y a 8 jours on espérait « au moins 5 élus », ils sont 7). 12 électeurs à retourner et c’était bon !
Quelques enseignements :
Tout d’abord, pour obtenir les voix qui manquent, il faut voter. Et pour ce faire, on doit s’inscrire sur la liste électorale. C’est évident, mais même un candidat de la liste d’Union n’avait pas fait cette démarche, et on dénombre en débriefing au moins une douzaine de personnes engagées à gauche dans ce cas.
Ensuite on regrette qu’aucun élu n’ait accepté de venir soutenir publiquement ce groupe solidaire. S’afficher, quand le vent souffle dans le bon sens, ç’est bon pour son ego. Mais quand c’est pour donner l’ultime coup de pousse à une liste qui affiche 15 points de retard, alors là il n’y a plus personne. Des fois que …
Ne jetons cependant pas la pierre à ceux qui avaient des obligations incontournables, on sait faire la part des choses.
Autres constats un peu plus politiques :
Tout d’abord : le rejet encore une fois démontré de la droite libérale qui méprise autant les aspirations des citoyens, qui démantèle les acquis de 150 ans de combat social, qui détricote la République dans son expression la plus essentielle : la laïcité. (et va-z-y qu’on subventionne maintenant pour ses habitants les écoles privées, où qu’elles soient situées, alors qu’une commune peut toujours refuser de financer l’inscription dans une école publique située dans une commune tierce ; en terres "boutinistes" ce n’est pas sans signification). Au tandem laïque-communautariste qu’on trouve au plus haut de l’état, on applique l’image-mirroir du tandem laïque-intégriste local venu apporter son soutien de dernière minute à celle qu’ils ont contribué à mettre en difficulté. Madame Poussineau pourra remercier M. Larcher et Me Boutin à qui elle doit tant maintenant.
Une droite locale qui applique les mesures nationales : pas de subvention aux associations, pas de dépenses "inutiles" (lire : à caractère solidaire), mépris de l’environnement (projet "Danone" qui aboutira à la destruction des ressources en eau potable). La liste serait trop longue, mais les Arnolphiens savent l’égrener en réunion publique ou pendant les rencontres au cours des boîtages.
Ensuite : l’Union, si elle peut refroidir les plus frileux, est la seule arme pour contrer efficacement ses adversaires. Pas n’importe quelle union (je me répète, Cf article précédent). Mais à partir du moment où elle est négociée et sincère, alors les électeurs finissent par y croire quand sur le terrain ils constatent l’entente sans retenue.
Je tiens à pousser cette analyse pour la décliner sous un angle un peu plus arrogant.
Les électeurs de Saint-Arnoult seraient plutôt le reflet de l’électorat français, bien à l’unisson de la 10° circonscription ou des Yvelines. Ils ne sont ni plus ni moins engagés politiquement, bref, on peut s’autoriser quelques extrapolations.
La droite est incontestablement désavouée, mais ça, on le sait depuis 2004.
Les "gens" ne veulent plus d’une politique anti-sociale, ni libérale à la Sarkozy/Parisot, ni blairiste, autant dire social-libérale, à la Kouchner/Royal/Dray et j’en passe …
Les ‘électeurs’ ne se mobilisent plus pour des candidats au programme creux. Ils ne se mobilisent plus pour des candidats qui se disent laïques tout en fricottant avec les ennemis de la laïcité qui est le fondement de la République. La droite vient de perdre plus de 300 voix, ajoutées à une abstention (45% !) ahurissante à ce niveau d’élection. C’est ce qui permet à une coalition minoritaire sur le papier de faire jeu égal avec ses adversaires grâce à un programme construit sans pour autant tomber dans la démagogie : c’est le résultat d’une union négociée, et non imposée pour de sombres raisons de tactique électorale. La campagne "Gauche unis-toi, le Peuple a besoin de toi" n’est pas étrangère à cette prise de conscience, mais elle ne s’est pas faite en dilettante.
Donc convaincre est un autre objectif. Ça ne doit pas rester un slogan. Convaincre, c’est aller au-devant des partenaires souhaités, c’est argumenter et négocier.
Si je peux appliquer ces constats au Parti Socialiste, je ne peut que conclure que notre engagement derrière Jean-Luc Mélenchon et Laurent Fabius est la seule voie susceptible de nous faire gagner en 2007 et pourquoi pas en 2012. Il n’y a que sur un projet clair que nous pourrons mobiliser les électeurs qui nous ont fait défaut en 2002. Ce n’est qu’en réalisant ce projet qu’on pourra ensuite éviter un écœurement favorisant le développement des mouvements les plus radicaux. Le vide politique sidéral de certains prétendants qui n’entendent "Gauche unis toi" que comme une invitation à les porter au pouvoir serait la cause de la défaite définitive de la Gauche en France, et donc en Europe puisque malheureusement nous sommes les seuls à pouvoir donner un "la" sur la bonne fréquence. Quant à se mobiliser, à droite Sarko s’y est déjà attelé et à gauche il n’y a que Laurent Fabius, Marie-Noëlle Lienemann et Jean-Luc Mélenchon au PS qui parcourent régulièrement la France afin de porter un message construit, quoi que les média oublient de nous en faire part. Pour Ségolène, c’est la politique de "celle qui ne dit rien doit avoir raison", même pendant les journées d’élaboration du projet (Cf Toulouse où elle n’était qu’à quelques encablures). DSK doit certainement être très pris à Sarcelles où sa politique communautariste fait des merveilles (voir http://www.esj-lille.fr/atelier/magan2/teo/actu.html -j’ai noté que cet article n’est pas très frais). Quant aux animateurs du courant NPS-AS, qu’on oublie un peu trop vite, quel rôle entendent-ils jouer face aux enjeux qui s’annoncent ? Leur silence est assourdissant comme on dit. J’aimerais bien savoir si leur cœur penche pour les ors du palais, pour le chantre du communautarisme suicidaire -républicainement parlant- ou vers l’élu d’une commune ouvrière puisque aucun d’entre eux ne se sent prêt pour 2007 (d’où leur refus de l’union des minoritaires avant le congrès du Mans). Ceux d’entre eux qui auraient déjà esquissé un choix pourraient peut-être éclaircir cette énigme. En ce qui nous concerne, nous accueillons bien volontiers toutes celles et tous ceux qui ont résolument l’intention que le PS penche du bon côté, celui de l’union à gauche pour appliquer une politique … de gauche. Pas plus que ces camarades, je ne suis ni au MRC, ni au PC ni à la LCR ni ailleurs, mais négocier avec ces formations c’est aussi admettre que nous avons besoin de ce rapprochement si on ne veut pas demain voir Julien Dray être nommé ministre de l’intérieur de François Bayrou (Julien ne l’a pas dit comme ça, ce n’est qu’un effet de style dans ma traduction).
Le combat est inégal ? Comme il l’était à Saint-Arnoult. Et alors ? il faudra nous mobiliser plus que de coutume, car c’est en baissant les bras qu’on serait sûr de perdre.
Jean-Louis Hernando, section Sud Yvelines
09:05 Publié dans mobilisation | Lien permanent | Envoyer cette note
19.05.2006
Sur la "liberté de la presse"
Jeudi 19 mai, la chaîne i télévision a décidé de déprogrammer la participation de Jean-Luc Mélenchon à l'émission Franc Parler, codiffusée avec France Inter.
A la place de Jean-Luc Mélenchon, la chaîne a préféré inviter Renaud DUTREIL, le ministre UMP des Petites et Moyennes Entreprises, du Commerce, de l'Artisanat et des Professions libérales.
A une semaine du 1er anniversaire du 29 mai, chacun appréciera la valeur de ce détestable procédé.
08:45 Publié dans Jean-Luc Mélenchon | Lien permanent | Envoyer cette note
18.05.2006
Rassembler à Gauche pour gagner à Saint-Arnoult-en-Yvelines
Rassembler à Gauche. Le concept a fait du chemin au sein du PS. Au point que les partisans de tous les courants ne peuvent plus se passer de ce sésame.
Rassembler à gauche, mais sur quel programme ? Lorsque tous les socialistes, après avoir assimilé dans la synthèse du Mans cette nécessité, cette évidence, déclineront les propositions de la charte du Collectif National du 29 mai, alors oui, un pas aura été franchi vers une véritable alternative à la pensée libérale à tout crin de la droite plurielle au pouvoir.
Il se trouve qu’une élection municipale partielle est en cours à Saint-Arnoult-en-Yvelines (14 et 21 mai). Quel meilleur terreau pour concrétiser notre aspiration à un service public de qualité au niveau local, quand l’équipe en place se satisfait d’un minimum qui ne permet en fait que de limiter la sollicitation de ses agents ?
Pour corriger l’indigence de la municipalité à répondre aux besoins de la population de la commune, une union des forces de gauche a été souhaitée par tous, portée par les Socialistes dans les tracts, mais aussi en réunion publique avec l’implication de notre parlementaire yvelinoise (car Catherine Tasca, sénatrice, est bien seule dans ce département qui compte 12 députés et 6 sénateurs), le conseiller régional issu de la circonscription (Didier Fischer, de Rambouillet) et le conseiller général du canton (Jean-Louis Barth). L’ « Union pour Saint-Arnoult » propose une équipe qui se préoccupe concrètement des problèmes de fonctionnement des Associations qui permettent l’épanouissement des citoyens et pallient les carences du système, une équipe qui se propose une meilleurs prise en compte des problèmes des familles confrontées aux contingence de la vie quotidienne, une prise en compte des problèmes d’environnement, d’équipement et d’urbanisme dans une commune où passe une autoroute qui crée plus de nuisances, écologiques et financières, qu’elle n’apporte de bienfaits à la population historique. Bref cette « union » devait montrer une nouvelle voie pour en finir avec les candidatures à peine symboliques qui font perdre un deuxième siège de sénateur pour une trentaine de voix. Elle était censée marcher sur les pas des accords de régionales qui ont permis à la gauche de diriger 22 Régions sur 24.
Force est de constater que l’union à gauche ne pourra pas se faire de la même manière sur tous les territoires. Lorsqu’on veut conquérir une mairie de toujours à droite, seule une tête de liste socialiste peut inciter à rallier une majorité.
La liste d’union avait pourtant fait un effort inimaginable il y a quelques mois encore, intégrant même la candidature d’une maire adjointe sortante déçue de l’inefficacité de l’équipe menée par une maire « a-politique » mais quand même candidate aux régionales sur la liste UDF ! Cette liste rassemble donc des candidats motivés avant tout par le souci de mettre en place un service public local digne de ce nom. Avec 48,5% en 2001 recueillis sur deux listes, l’union devait permettre de produire une dynamique gagnante. Au final, au premier tour, la liste sortante, malgré la division de la droite, cumule 48,67% alors que la liste d’union chute à 35,67%. Erreur de casting ? Sans aucun doute. Car la droite a ressorti ses vieux arguments : une liste menée par les communistes ne peut qu’augmenter les impôts et attirer toute la misère de France moyennant d’horribles tours ou autres barres d'immeubles. Quand il ne se serait agi que de mieux utiliser la richesse épargnée sans aucun projet.
Alors, nous sommes toujours convaincus de la nécessité d’unir les forces de progrès. Mais l’expérience vécue montre que cette aspiration ne peut pas se décliner de la même manière à Trappes, à Rambouillet ou à Saint-Arnoult. Le pragmatisme dicte la conduite à tenir : en terres petit-bourgeoises on ne doit pas se saborder du simple fait de l’obsession de l’union sous n’importe quelles conditions. Tout sera fait entre les deux tours de cette municipale pour « rassurer » le « bon peuple » et obtenir la meilleure représentation possible au conseil municipal grâce à une triangulaire annoncée, en espérant que la leçon portera ses fruits en 2008, malgré toute la difficulté qu’il y aura à évincer une équipe réélue dans des conditions improbables sur le papier. Conditions « improbables » car, outre l’espoir mis dans l’union à gauche, les maîtres à penser locaux de l’UMP qui ne sont autres que Gérard Larcher et Christine Boutin, qui ont obtenu la chute de l’équipe en place, se mobilisent maintenant malgré tout pour soutenir cette liste (apolitique mais UDF) arrivée en tête en laissant leurs amis largués à 15,66% se prendre une toise définitive. Seul constat positif : la politique menée par le gouvernement conduit bel et bien à un rejet de l’Etat UMP. Mais ce n’est pas suffisant pour espérer une alternative qui ne sera possible, après avoir compris la condition essentielle de l’union à gauche sur des objectifs clairs, qu’après avoir aussi admis la nécessité de tenir compte de la réalité du terrain.
Jean-Louis Hernando, secrétaire de la section Sud Yvelines.
18:52 Publié dans mobilisation | Lien permanent | Envoyer cette note
06.05.2006
Internet et le virus liberticide de l'UMP
Le virus liberticide de l'UMP ne doit pas « infecter » l'internet !
Le projet de loi sur les droits d'auteur et voisins dans la société de l'information, dit DADVSI organise la surveillance et la répression des usages non criminels de l'Internet et des échanges de fichiers via les technologies dites de peer-to-peer (P2P). Il est soumis à l'examen de la représentation nationale dans des conditions déplorables, abracadabrantesques et probablement inconstitutionnelles.
Alliées pour la circonstance avec Microsoft, des groupes de pressions de l'industrie du disque, soucieux de perpétuer leurs rentes de situation, tentent d'imposer en France des technologies et des usages qui ont cours dans des pays où la notion même des droits de l'Homme est bafouée chaque jour. Cet activisme, n'en doutons pas, menace les libertés publiques de dizaines de millions de Français.
Nicolas Sarkozy a fait savoir à l'industrie musicale qu'il voulait « chasser » les logiciels de téléchargement et doter notre pays d'« outils juridiques » à l'encontre des sites qui les exploitent. Certains artistes, de bonne foi, avancent que les solutions techniques pour fermer des sites existent, et prennent pour preuve que la Chine parvient à les appliquer... On a les références que l'on peut !
Pour nous, il s'agit là d'une négation des droits de l'homme et de l'internet, dont la contribution aux débats démocratiques est grandissante et s'impose chaque jour davantage. Qu'on en juge :
Jamais un débat à l'Assemblée nationale n'avait été aussi suivi, en direct sur Internet, par des citoyens (les connexions au site de l'Assemblée nationale ont battu des records). L'ampleur du débat public à la suite du vote intervenu le 22 décembre confirme l'extrême sensibilité de l'opinion publique à la question des usages liés à l'internet. Songeons que la principale pétition circulant sur Internet a réuni plus de 155 000 signataires ! Chacun se souvient du rôle joué par Internet - en faveur du non dans le débat référendaire sur le projet de constitution européenne - confirmant son rôle de nouveau média à part entière, dans lequel le citoyen a pour particularité d'être à la fois récepteur et émetteur. Pour se forger une opinion, celui-ci se fonde de plus en plus sur ces échanges électroniques, en toute indépendance par rapport au microcosme politico-médiatico-artistique.
Nos concitoyens, et notamment les 18-35 ans, sont en quête de sens et d'espoir. Loin de s'éloigner de la politique, ils s'y engagent quand ils sont sollicités ou se sentent concernés. Ils échangent désormais leurs idées dans le cadre de leurs réseaux sociaux mais aussi sur Internet et c'est par ce biais qu'une grande partie de notre jeunesse entre dans le débat public et y trouve sa place.
Selon Médiamétrie, la France comptait 24 millions d'internautes à la fin de 2004. Selon TNS près de huit millions et demi de français téléchargent et utilisent le peer-to-peer. La question est donc cruciale.
De quoi s'agit-il dans ce projet DADVSI ? D'adapter l'économie de la culture à la révolution numérique, trop longtemps ignorée par l'industrie du divertissement. Tellement ignorée que la maigre part réservée aux artistes dans le prix de vente d'un CD a été transposée aux ventes en ligne : sur un morceau vendu 99 centimes, l'auteur perçoit seulement 7 centimes et l'interprète seulement 3,5 centimes. Pourtant, les coûts de fabrication, de stockage et de distribution ont disparu !
Aujourd'hui, l'enjeu est de répondre à la question : par quel système voulons-nous remplacer le modèle économique actuel, rendu obsolète par la révolution numérique ?
Deux visions s'affrontent : celle, archaïque, que défendent Nicolas Sarkozy et le gouvernement, et qui conduit à soutenir les majors anglo-saxonnes pour perpétuer leur mainmise économique sur les produits culturels, au risque finalement d'entraver la diffusion des œuvres de l'esprit et de restreindre la diversité culturelle.
Ainsi, le projet DADVSI autorise-t-il des technologies numériques de contrôle (dites DRM) qui perpétuent un autre monopole, celui de Microsoft sur les logiciels. Les industriels veulent greffer sur les oeuvres des dispositifs d'identification de l'utilisateur, de tatouage de l'œuvre, de traçage de l'usage - la lecture n'étant plus possible que sur certains types de matériels (impossible sur autoradio par exemple) ou certaines marques de produits ou de logiciels. Certaines DRM espionnent à leur insu les utilisateurs et récupèrent des données individuelles. De telles pratiques sont incompatibles avec la loi informatique et libertés, comme l'a récemment rappelé la CNIL.
Les DRM sont non seulement liberticides, mais elles constituent également le cheval de Troie du système anglo-saxon du copyright, alors que l'exception culturelle française est notamment fondée sur la copie privée, incompatible avec de telles technologies. Comment justifier demain l'existence de la redevance sur les supports numériques (dont il faut rappeler que 25% des sommes collectées sont affectées au soutien de la création artistique), d'un montant élevé et pesant sur les consommateurs, si la copie privée est interdite ?
Tout occupé à satisfaire les groupes de pression, le gouvernement a même refusé de retenir une exception pédagogique, pourtant prévue par la directive européenne, qui aurait permis aux universitaires, enseignants et chercheurs d'utiliser des copie d'images, de films, de documentaires ou de sons à des fins d'enseignement ou de recherche.
Les DRM sont également incompatibles avec les logiciels libres (la plateforme GNU/Linux étant la plus connue). Ces logiciels ne sont pas licenciés, à la différence de Microsoft : leur code source (que la Commission européenne cherche en vain à obtenir de Microsoft) est accessible, c'est à dire modifiable par n'importe quel utilisateur, qui peut donc se l'approprier gratuitement pour son usage. Cette souplesse d'utilisation s'accompagne en outre d'une quasi absence de virus, renforçant considérablement la sécurité des systèmes informatiques. Ceci explique sans doute le fait que de nombreux ministères, dont celui de la Défense, et de nombreuses collectivités locales aient adopté les logiciels libres.
Sous l'empire des DRM, les utilisateurs de logiciels libres seraient contraints de s'équiper avec les systèmes d'exploitation dits propriétaires (Microsoft Windows, Apple, Realmedia) pour accéder aux oeuvres de l'esprit. C'est l'effet de levier - ou d'éviction ! - qui avantagerait incontestablement Microsoft et les éditeurs de logiciels conçus pour Windows, au détriment de l'économie du logiciel libre, particulièrement développée en France.
Les deux amendements socialistes qui ont été votés ont atténué ces risques, mais l'opposition du Gouvernement à ces amendements fait douter de leur adoption définitive.
Au-delà des conséquences économiques, il faut signaler également des conséquences pour notre sécurité nationale. Si l'armée française se fait développer sur mesure un système d'exploitation reposant sur le logiciel libre Linux, ce n'est pas tout à fait par hasard. C'est même probablement parce qu'elle a de bonnes raisons de ne pas s'en remettre à un système d'exploitation américain...
La philosophie sécuritaire et liberticide de l'UMP, dont ce débat montre assez les dérives, est à l'opposé de celle animant Internet, qui repose sur deux notions fondamentales : la communauté (avec la responsabilité collective qu'elle implique) et la liberté (avec l'effervescence créatrice qu'elle permet). C'est grâce à ces deux notions que peuvent par exemple aboutir des projets aussi utopiques que Wikipédia, dans la droite filiation de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert. Selon nous, le virus liberticide de l'UMP ne doit pas « infecter » l'internet !
La vision alternative, proposée notamment par les députés socialistes, est pragmatique, moderne et progressiste. Elle est fondée sur le principe "autoriser pour rémunérer". Elle permet, contre le paiement d'un forfait mensuel, d'accéder à une offre culturelle globale. Elle s'inspire de la licence légale pour la radio ou de la carte illimité pour le cinéma. Elle permet de dégager de nouvelles ressources pour la culture - complémentaires et assises sur l'internet - au profit des créateurs et des artistes. Elle garantit que l'internet continuera de faire émerger de nouveaux talents : du groupe anglais Arctic Monkeys aux talents francophones qui ne répondent pas aux critères de la Star Ac'. Elle garantit que la puissance de l'internet sera pleinement mise à contribution au bénéfice de l'enseignement et de la recherche. Elle permet au dynamique secteur français du logiciel libre de continuer à se développer, et aux administrations et aux collectivités locales de réaliser des progrès informatiques et des économies d'argent public. Elle permet, enfin, de préserver l'Internet et de sauvegarder les libertés publiques.
Face au scénario sarkozien, ou orwellien, une vision socialiste, humaniste et moderne est donc possible.
Ces deux projets s'opposent en tout cas presque philosophiquement : le progrès technologique doit-il perpétuer l'ordre établi et perfectionner la surveillance généralisée ou bien fonder au contraire de nouveaux modèles et de nouvelles solidarités ? Derrière les débats sur le projet de loi DADVSI pointent des enjeux de civilisation. Le dernier bien non encore assujetti au monde marchand est le savoir : l'éducation, la recherche, la création. Dans ce contexte, les grandes firmes détentrices de brevets et autres droits d'exploitation des œuvres de l'esprit veulent contrôler - et donc restreindre - l'accès à cette connaissance, pour mieux en tirer profit.
Le paradoxe est grand : la conception libérale a imposé une mondialisation des échanges commerciaux fondée sur la dérégulation et la libre concurrence. Pourtant, alors qu'internet permet, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, à la culture et aux oeuvres de l'esprit de s'affranchir totalement des contraintes de leur diffusion, les industrie de la culture voudraient imposer des barrières.
En étant mauvais sur la forme et sur le fond, le Gouvernement a dressé les Français les uns contre les autres et a divisé les artistes. Oui, la révolution numérique est une chance formidable, oui c'est un défi que nous devons relever en étant guidés par l'intérêt général et en préservant la liberté et l'effervescence créatrice qui font le succès d'Internet, qui illustre les aspects positifs de la mondialisation.
Pour répondre à cette situation inédite, il faut inventer un nouvel équilibre, qui permettra de dégager de nouvelles ressources pour les artistes et les créateurs.
Le projet du Gouvernement conduit à l'impasse. Il faudra le reprendre, sereinement, en 2007. Ce sera la responsabilité des socialistes et de leur candidat.
Jean-Michel BOUCHERON, Alain CLAEYS, Philippe MARTIN, Didier MATHUS et Didier MIGAUD, députés socialistes
Suite à cette tribune, de nombreux internautes se sont exprimés, retrouvez la tribune et les réactions à ces débats sur le site de ratiatium
09:40 Publié dans mobilisation | Lien permanent | Envoyer cette note
05.05.2006
Laurent Fabius : "Je souhaite proposer aux Français une République nouvelle"
Article paru dans Le Monde du 03/05/2006
Que doit faire Dominique de Villepin après le témoignage du général Rondot dans l'affaire Clearstream ?
Il n'y a que deux choses claires dans cette affaire : la première est que ce gouvernement est carbonisé, la seconde est que cette présidence qui a commencé dans le mensonge risque de finir dans la boue.
Vous avez vécu, comme premier ministre, l'affaire Greenpeace. Comment un homme d'Etat gère-t-il ce genre de situation ?
Cela n'avait, vous le savez, absolument rien à voir. Mais je m'étais fixé une règle : j'ai exigé la vérité, j'ai fini par l'obtenir, et les sanctions nécessaires ont été prises. Dans cette épreuve, j'ai beaucoup appris.
Comment la démocratie s'accommode-t-elle des contingences des services secrets ?
Ils existent et ils doivent être au service de la nation, pas d'un parti ou d'un clan.
Les juges peuvent-ils avoir le droit de perquisitionner au plus haut niveau ?
Oui, certainement.
Nicolas Sarkozy peut-il bénéficier de l'affaire Clearstream ?
Si c'est bien là l'énième épisode de la querelle venimeuse entre les chefs de la droite, alors je vois mal comment l'un d'eux pourrait tirer profit de cet "UMPgate".
Les crises qui se succèdent, des banlieues au CPE, sont-elles révélatrices d'un problème institutionnel ou d'une pratique de la démocratie ?
La France vit une crise démocratique profonde. Le président ne préside plus, le gouvernement ne gouverne plus, le Parlement parle à peine, et le peuple n'est plus entendu. On pourrait dire de ce régime : "Jacques Chirac l'a tué". Les institutions sont fourbues. Il faut leur redonner des nerfs, grâce à une République nouvelle, - certains amis disent la VIe. La monarchie présidentielle irresponsable, la majorité écrase-tout, l'Assemblée croupion, tout cela doit se terminer. Pour relancer l'action, une vaste réforme institutionnelle est indispensable. Je souhaite proposer aux Français une République nouvelle.
Comment concevez-vous cette République nouvelle ?
Ses fondements seront soumis à référendum moins de six mois après l'élection présidentielle. Les rôles de l'Assemblée nationale et du premier ministre seront renforcés, et celui du président recentré sur l'arbitrage, le long terme et les valeurs qui fondent la cohésion de la nation. Pour assurer un Etat impartial, le président ne sera plus membre du Conseil supérieur de la magistrature, ne nommera plus les membres du Conseil constitutionnel ou du Conseil supérieur de l'audiovisuel. Il sera le garant des institutions, conservera le droit de dissolution en cas de crise, tracera l'horizon de l'action. Cette refondation démocratique s'étendra au territorial et au social, notamment aux responsabilités et à la représentativité syndicales.
Avec le quinquennat, on s'est arrêté à mi-chemin. Il faut une présidence responsable, supprimer le 49-3, introduire une part de proportionnelle, donner un statut à l'opposition et en finir avec le cumul étouffant des mandats. Il faut aussi un gouvernement paritaire, un vice-premier ministre chargé des affaires européennes et une charte sur la laïcité adossée à la Constitution. Enfin, je réfléchis à un mécanisme qui permettrait à une proposition de loi soutenue par plus d'un million de Français d'être examinée par le Parlement. Cette République parlementaire, stable et transparente, sera l'un des grands enjeux du débat de 2007.
Le Fabius d'aujourd'hui est-il en contradiction avec le Fabius de 1983 qui a signé l'Acte unique et le Fabius de 2000 qui prônait les baisses d'impôts ?
Mes valeurs de gauche n'ont pas changé, mais je tire les leçons de l'expérience et d'un monde qui, lui, a changé. Le capitalisme familial, national, industriel, est devenu mondial et financier. L'Inde, la Chine et l'Internet bouleversent tout. Les citoyens veulent davantage participer à la prise de décision. Dans ce contexte, alors que l'héritage chiraco-sarkoziste sera lourd à redresser, que les services publics sont à préserver et que la dette publique explose, il serait irresponsable de baisser les impôts.
L'Europe aussi a changé. Elle qui devait nous permettre de progresser et de protéger ne le fait plus assez face à la mondialisation libérale : il faut donc la réorienter. Sur la zone euro, je lance une mise en garde. Ne faisons pas avec la monnaie unique la même erreur qu'avec l'Union : l'élargir avant d'avoir approfondi son fonctionnement et sa cohérence ! L'euro-groupe doit obtenir un rôle plus réel, la BCE favoriser une croissance durable et on doit parvenir à des convergences sociales vers le haut.
Sur l'immigration, Nicolas Sarkozy estime que vous êtes "irresponsable" de vouloir régulariser les sans-papiers.
Nous n'avons pas la même conception de la responsabilité. Les choix de M. Sarkozy, ce sont le Kärcher pour les quartiers, le charter pour les immigrés et le précaire pour l'emploi des jeunes. Sa loi sur l'immigration est inacceptable humainement, c'est un contre-sens. Si nous refusons les migrants, l'Europe s'affaiblira. Il faut chercher la bonne intégration de ceux qui sont sur notre territoire et mettre en oeuvre une politique de codéveloppement.
M. Sarkozy dit au Sud : "Gardez vos femmes et vos enfants ("l'immigration subie"), nous vous prenons vos informaticiens et vos médecins ("l'immigration choisie")." Inacceptable ! Ensuite, le chef de l'UMP ment : il existe des milliers de déboutés du droit d'asile et de migrants clandestins qui fuient la misère et la guerre ; si on ferme toutes les voies de régularisation, leur nombre augmentera ! En réalité, l'intéressé ne déclenche ce tintamarre que pour détourner le débat du social et draguer l'extrême droite à l'approche de la présidentielle.
Vous êtes candidat à la candidature et pourtant vous êtes très bas dans les sondages.
Peut-être n'ai-je pas assez expliqué certains de mes choix. Plus fondamentalement, je constate que c'est à partir du moment où un socialiste est désigné que les choses se déterminent. En 1980, François Mitterrand a progressé de plus de 20 points quand il a été désigné et, en 1995, idem pour Lionel Jospin. Le candidat désigné devient le champion de son camp, dès lors qu'il peut, par sa ligne politique, rassembler toute la gauche. Le PS en a fait l'expérience : les sondages ne sont pas les suffrages.
N'avez-vous pas un problème d'image ? Votre sincérité est souvent mise en doute, peut-être en raison de vos origines bourgeoises...
Mes électeurs de Grand-Quevilly qui me renouvellent leur confiance depuis plus de vingt-cinq ans ne me font pas ce genre de reproche ! Mon arrière-arrière grand-père était instituteur à Pont-à-Mousson. Mon arrière-grand-père bonnetier. Mon grand-père est devenu antiquaire, puis mon père. Moi, après avoir eu la chance de mener de solides études, j'ai choisi le service public pour devenir ensuite, aux côtés de François Mitterrand, parlementaire, ministre et premier ministre. Je n'ai aucune raison de rougir de mon parcours. Cela s'appelle l'ascension républicaine.
Je regrette que pour trop de Français l'ascenseur social ait fait place au "descenseur social". Et je me bats pour changer cela. Par l'école, l'emploi, le logement, le pouvoir d'achat et une Sécurité sociale durable.
La percée de Ségolène Royal vous paraît-elle durable ?
Je suis dans l'action, pas dans la divination ! Mais je suis certain que les millions de personnes qui ont obtenu la suppression du CPE ne sont pas prêts au blairisme. Nos concitoyens attendent un vrai changement, éclairé par un vrai débat. Il doit avoir lieu dans le pays comme au PS, sans déchirement mais dans la transparence et l'équité. Quant à moi, je me suis donné un seul point fixe : agir pour rassembler la gauche et redresser la France.
Propos recueillis par Arnaud Leparmentier et Isabelle Mandraud
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